L’Art
conceptuel n’est pas un mouvement structuré,
ni même une tendance univoque. Il concerne
plutôt des artistes qui ont pour première
exigence d'analyser ce qui permet à
l’art d’être art, analyse
qui elle-même se conduit selon deux
grandes orientations.
D’une part, avec un artiste comme
Sol LeWitt, suivi de Dan Graham, l’Art
conceptuel reçoit une acception large,
fondée sur l’affirmation de
la primauté de l’idée
sur la réalisation. En conséquence,
tout un pan de l’histoire de l’art
peut être qualifié de "conceptuel",
depuis le 15e siècle avec l'appartenance
de la peinture aux arts libéraux
où le travail de l'esprit tient la
plus grande part : l'art est "cosa
mentale" avait écrit Léonard
de Vinci. En somme, tout artiste qui privilégie
le "disegno", la conception par
le biais du dessin, participe de l’Art
conceptuel.
Pour Sol LeWitt, tout le cheminement intellectuel
du projet (gribouillis, esquisses, dessins,
repentirs, modèles, études,
pensées, conversations) a plus de
valeur que l'objet présenté.
"La couleur, la surface, et la forme
ne font qu'accentuer les aspects physiques
de l'œuvre. Tout ce qui attire l'attention
sur le physique d'une œuvre nuit à
la compréhension." (Artforum,
été 1967).
D’autre part, une acception restreinte
de l'Art conceptuel est circonscrite par
Joseph Kosuth ou le groupe d’origine
anglaise Art & Language à travers
la revue du même nom. Il s’agit
de limiter le travail de l’artiste
à la production de définitions
de l’art, de répondre à
la question "Qu’est-ce que l’art
?" par les moyens de la logique (Cf.
texte de référence de Kosuth).
A la primauté de l’idée,
se substitue ici celle de l’exigence
tautologique : définir l’art
et rien que l’art sans se contredire.
Le but de cette restriction de l’activité
artistique est de refuser toute visée
métaphysique, jugée comme
incertaine, pour n’évoluer
que dans le domaine du fini, assurément
viable.
Outre Joseph Kosuth et Art & Language,
de nombreux artistes ont contribué
à cette recherche, notamment Robert
Barry, On Kawara, Lawrence Weiner aux Etats-Unis,
Victor Burgin en Grande-Bretagne, Bernar
Venet et Daniel Buren en France, et ont
assuré son développement international.
En résumé, la divergence
des deux interprétations dépend
de ce que l’on entend par "conceptuel"
: l’idée ou la tautologie.
Cependant, si cette distinction peut sembler
subtile, on ne peut en négliger les
implications : à travers l’opposition
des deux orientations de l’Art conceptuel,
c’est le choix de l’infini ou
du fini qui est en jeu.
Bien que remettant en cause l’objet
et sa production, l'Art conceptuel n'a cependant
jamais pu se passer de réalisations
formelles qui se matérialisent le
plus souvent par la photographie ou l'édition
de livres et de catalogues, mais aussi de
diagrammes, de schémas, de plans,
de fichiers et d'installations diverses.
La spécificité de l'Art conceptuel
est parfois difficile à cerner tant
par la diversité des démarches
artistiques que par l'ampleur de son influence
sur différentes tendances contemporaines
qui prouve sa vitalité.