D’OU VIENT L’ART BRUT
?
Esquisses pour une généalogie
de l’art brut
A suivre l’ouvrage de Lucienne Peiry
paru en 1997 en France1, la première
enquête méthodique pour découvrir
de l’art "brut" ayant été
menée en Suisse par Jean Dubuffet du
5 au 22 juillet 1945 (en compagnie de Jean
Paulhan et de Le Corbusier), il en découlerait
que la Suisse est le berceau de l'art brut
(Lucienne Peiry : « Le voyage est devenu
légendaire dans l'histoire de l'Art
Brut car il marque le début de l'aventure
»). Certes, l'inventeur du concept d'art
brut, Jean Dubuffet, prisa toujours d'une
façon particulière ce pays,
dont il fréquenta dès les années
20 certains de ses écrivains ou peintres
(comme Auberjonois, Cingria, Cendrars ; Dubuffet
allait dans le café de Montparnasse
où se réunissaient les artistes
suisses). Il a confié devoir au Suisse
Paul Budry la découverte du livre du
docteur Hans Prinzhorn sur l'art des aliénés,
Bildnerei der Geisteskranken, dont l'imagerie,
à cette lointaine époque de
sa formation intellectuelle (il était
alors âgé d'une vingtaine d'années
et bien éloigné d'avoir encore
choisi une voie déterminée par
rapport à l'art), l'aurait malgré
tout impressionné2. Cela n'a rien de
surprenant, du reste le livre marqua, outre
de nombreux autres psychiatres (P. Karpov
en Russie3, Jean Vinchon en France4 par exemple),
des artistes et des amateurs d'art, des marchands
(cf. l'exposition de la galerie Vavin en 1928
à Paris, puis celle de la galerie Max
Bine en 1929, où André Breton
acheta les deux objets d'aliéné
dont les reproductions photographiques furent
immédiatement publiées, sans
indication d'origine, dans la Révolution
Surréaliste de cette même année).
Dubuffet, comme nombre de jeunes gens bien
informés des arts et des lettres de
l'époque, était donc au courant
de l'évolution contemporaine des esthètes
envers l'art des fous. De là à
nous faire croire que sa religion en matière
d'art brut était quasi réalisée
en 1923, il y a un pas que nous ne pouvons
évidemment pas franchir.
La première trace du terme "art
brut" sous sa plume apparaît, on
le sait5, dans une lettre de 1945 à
René Auberjonois : « J'ai préféré
"l'Art Brut" à "l'Art
Obscur" à cause que l'art des
professionnels ne m'apparaît pas plus
clairvoyant et plus lucide, c'est plutôt
le contraire ». La Suisse a fourni à
la Collection d'Art Brut des créateurs
des plus originaux, tels Wölfli, Aloïse
Corbaz, Heinrich-Anton Müller, Joseph
Giavarani (dit "le prisonnier de Bâle")
pour n'en citer que quelques-uns. L'art brut
et la Suisse sont profondément liés,
donc (même si 80% des visiteurs de la
Collection sont des étrangers), on
ne peut le contester. Mais, outre le fait
que les recherches de créateurs n'ont
pas précisément débuté
en Suisse, comme nous allons le prouver ci-dessous,
l'affirmation de ce pays comme "berceau
de l'art brut" demeure quelque peu chauvine.
Le berceau de la notion d'art brut est, plus
objectivement, européen, sans masquer
pour autant une forte influence des avant-gardes
françaises, notamment du surréalisme
(qui pour son compte, il est vrai, a toujours
visé à l'internationalisme)6.
Les différents "corpus" (comme
l'écrit Lucienne Peiry) sociologico-esthétiques
qui composent ce "phénomène
idéologique" qu'est l'art brut
ont fait l'objet d'attentions et de reconnaissances
variées avant Dubuffet. On cite Paul
Klee à l'envi pour son admiration de
l'art des enfants et de l'art des fous proclamée
dès 1912. Rappelons l'engouement pour
le spiritisme chez les artistes ou écrivains
européens du XIXe siècle et
des débuts du XXe (Victor Hugo, Victorien
Sardou, Fernand Desmoulins en France ou, comme
l'ont révélé récemment
Barbara Safárová et Terezie
Zemánková7, les peintres Josef
Váchal et Josef Capek dans les années
1920 en Tchécoslovaquie). L'art populaire
(avec lequel l'art brut, rappelons-le, entretient
des relations marquées), à diverses
époques de l'histoire de l'art moderne,
a croisé bien des fois la route des
artistes d'avant-garde, que l'on songe à
Courbet et l'imagerie populaire, Gauguin et
l'art breton (ou Filiger, autre artiste de
Pont-Aven, redécouvert par André
Breton après la deuxième guerre,
et qui était marqué par l'imagerie
populaire alsacienne), les futuristes russes
et le "Loubok" (imagerie populaire)
ou la peinture de primitifs tel que Pirosmani,
Apollinaire et Picasso admirant le Douanier
Rousseau, etc.
Dubuffet essaya d'aller plus loin. Il inventa
un concept qui, tentant d'unifier ces divers
corpus dont il retirait les éléments
selon lui trop codifiés, ou insuffisamment
inventifs et originaux, cherchait à
établir qu'existait un continent de
créateurs inconnus et géniaux,
plus forts que les artistes reconnus par le
système des Beaux-Arts, parce qu'éloignés
de tout mimétisme à l'égard
de la culture et plus proches de l'expression
vitale (d'où le terme de "brut").
Cependant, sur ce dernier point - les racines
vitales, "brutes", de l'art - l'espoir
de Dubuffet avait déjà fait
l'objet des recherches d'un Prinzhorn précisément.
Colin Rhodes, dans L'art outsider, art brut
et création hors-normes au XXe siècle8,
résume assez bien une des préoccupations
fondamentales de Prinzhorn : « comme
de nombreux théoriciens de l'art expressionniste
(eux-mêmes très influencés
par le romantisme), Prinzhorn pensait que
chaque individu avait en lui un puissant désir
de production d'images, plus ou moins réprimé
chez la plupart des adultes. Se fondant sur
les écrits d'historiens de l'art tels
qu'Alois Riegl et Wilhelm Worringer, il affirmait
que "cette volonté de forme"
étant instinctuelle, elle était
mise en péril par la raison et l'apprentissage
du principe de causalité. En d'autres
mots, elle touchait à l'expression
et à la créativité, opposées
aux considérations pratiques de survie
et de socialisation. Comme de nombreux artistes
modernes, il considérait "l'imitation
de la nature" et "l'illusionnisme"
dans l'art comme des preuves de cette mise
en péril et avait donc tendance à
laisser de côté ce type d'œuvres,
préférant celles où les
impulsions primitives se manifestent plus
clairement et avec davantage de pureté.
C'est ainsi qu'il fournit une confirmation
théorique à l'un des principes
fondamentaux de l'art outsider qui veut que
ses formes soient directes, brutes et non
illusionnistes… » Il est curieux
de constater que Dubuffet, dans l'interview
qu'il donna à John Mac Gregor en 1976
(à une époque où l'aversion
de Dubuffet à l'égard du surréalisme
s'était parallèlement enracinée
de façon irrémédiable),
après avoir confessé le choc
qu'avait été pour lui la découverte
des images du livre de Hans Prinzhorn, met
dans la suite de l'entretien un considérable
bémol à son opinion sur la Collection
Prinzhorn conservée à Heidelberg
: « … j'ai visité la Collection
Prinzhorn à Heidelberg en 1948 ou 1949.
Je fus l'un des premiers à la voir
après la guerre. Ils la sortirent des
caisses pour moi. J'ai passé trois
jours à me promener dedans. J'étais
déçu. Il y avait trop peu de
patients représentés, et il
n'y avait pas beaucoup d'exemples importants
artistiquement parlant. Vous savez, plus j'ai
travaillé dans ce domaine, plus j'ai
réalisé l'extrême rareté
des cas qui exhibent une véritable
créativité. Il y a très
peu de patients qui, en tant qu'artistes,
poussent leurs idées jusqu'à
leurs ultimes conclusions »9. On peut
se demander si cette réticence de Dubuffet
ne cache pas en réalité un désir
de mettre l'histoire des prémices de
l'art brut en accord avec sa théorie
anti-culturelle, en phase avec ses théories
anti-psychiatriques ("avant moi, il n'y
avait personne d'aussi radical que moi",
semble-t-il nous dire…). Repoussant
la Collection Prinzhorn, il repousse du même
coup la théorie de Prinzhorn qui devançait
les positions anti-culturelles des partisans
de l'art brut par ce fait qu'elle portait
l'attention sur "les impulsions primitives"
opposées aux "considérations
pratiques de survie et de socialisation".
A la décharge de Dubuffet, il faut
dire que l'ouvrage de Prinzhorn ne fut traduit
en français qu'en 198410. Mais Michel
Thévoz qui eut le temps, lui, de lire
ce livre, aurait pu en tenir davantage compte.
Dans un entretien accordé à
Roland Jaccard11, après la publication
en français du livre de Prinzhorn,
il s'évertue à ne retenir du
livre que la volonté de Prinzhorn de
« renoncer au concept d'un "art
des fous" » (ici, Thévoz
sous-entend peut-être qu'André
Breton n'en fit pas autant…). Il souligne
également que le livre fournit une
bonne occasion aux artistes avant-gardistes
des années 20 de satisfaire leur «
obsession de se libérer des modèles
culturels » (suggérant qu'ils
n'étaient tout de même pas prêts
à aller jusqu'à saborder tout
l'art culturel, comme le réclamait
Dubuffet ; pour un théoricien de l'art
brut, si l'on se veut radical, on ne peut
pas en effet être opposé à
l'art culturel d'une façon seulement
partielle, on ne peut l'être qu'absolument
: c'est là le début du malentendu).
Au passage, Thévoz rend également
hommage aux « œuvres d'une haute
intensité créatrice »
reproduites dans le livre, imitant ainsi l'opinion
de Dubuffet, qui aimait les œuvres de
la Collection Prinzhorn, doit-on en déduire,
davantage en reproductions qu'en réalité
(… ou bien davantage dans sa jeunesse
que dans son âge mûr).
Une thèse, reprise inlassablement par
les partisans de l'art brut conçu comme
un dépassement du surréalisme,
attribue aux surréalistes le projet,
conscient ou inconscient, de s'être
inspirés de l'art des fous, ainsi que
de l'art des médiums12, sans les citer,
en les pillant en quelque sorte, pour maintenir
une sorte de hiérarchie entre eux,
les surréalistes, qui feraient partie
de "l'élite culturelle",
et les fous ou les médiums, créateurs
plus authentiques et plus inspirés,
sorte d'"outsiders" surgissant dans
l'histoire de l'art moderne comme une avant-garde
préfigurant le temps utopique où
le peuple dans son intégralité
pratiquera l'art dans toutes ses modalités13.
Nous considérons la thèse de
ce pillage comme totalement infondée,
et comme un contresens bien intéressé…
Elle nous paraît justifiée par
le désir de ses partisans de réduire
la portée révolutionnaire (culturelle,
morale, politique) du surréalisme qui
ne chercha rien tant que de bouleverser les
conditions de la créativité
dans nos sociétés. De sa quête
sont issus, sans le dépasser, à
nos yeux, les deux phénomènes
parallèles de l'art brut et de l'Internationale
Situationniste qui, bien que séparant
l'art de la politique, cherchaient tous deux
la "poésie faite par tous",
comme l'écrivait Lautréamont.
Les partisans de l'art brut comme art anti-culturel
font, soit le choix d'ignorer les références
précédentes des diverses avant-gardes
aux arts populaires spontanés (solution
de moins en moins choisie par les connaisseurs),
soit le choix de présenter ces dernières
en opérant une sélection parmi
elles, arrangée toujours de façon
à prouver que la notion d'art brut
a représenté un dépassement.
Nous voudrions ici énumérer
quelques faits ou références
assez peu soulignés, voir repérés,
dont le rassemblement tendrait à montrer
que l'intérêt du surréalisme,
ou plus généralement d'un certain
"esprit moderne", pour les créateurs
autodidactes imaginatifs ne doit pas être
envisagé comme une préhistoire
de l'art brut, mais comme un préalable
à une quête qui n'a pas abouti
et s'est finalement, à partir des années
60, quelque peu enlisée (mais qui en
aucun cas n'a été dépassé
par ce quelque chose qui s'est appelé
"art brut"…).
Et peut-être que placer cette énumération
dans un ordre chronologique, en suivant les
années de transition de Jean Dubuffet
(des années 20 aux années 40),
nous y aidera.
Ce dernier est né au Havre en 1901.
Le Havre a-t-il une importance ? Certes oui,
car c'est dans le lycée de cette ville
qu'il se forgea une amitié durable
avec Georges Limbour (1900-1970), et des liens
plus temporaires avec Armand Salacrou. Raymond
Queneau fréquenta le même lycée,
mais plus jeune de deux ans par rapport à
Dubuffet, ne le rencontra pas dans son enfance.
Le contact ne se fit que beaucoup plus tard,
en 1945 (épistolairement parlant, et
donc bien plus tôt que 1950 - comme
il est indiqué dans la chronologie
biographique d'Anna Hiddleston, parue dans
le catalogue de l'exposition "Dubuffet"
en 2001 au Centre Georges Pompidou à
Paris), ainsi que le prouve la correspondance
que nous évoquerons ci-après.
Cette coïncidence devrait cependant être
davantage creusée par les chercheurs
qu'intéresse la question des origines
de la notion d'art brut. Queneau comme Dubuffet
ont tous deux passionnément cherché
de nouvelles mines de création, comme
des continents oubliés, qui auraient
été plus beaux, plus authentiques,
plus émerveillants, et ce à
quelques années d'intervalle. Doit-on
se prendre à rêver d'un professeur
commun qui dans le même lycée
aurait exercé une commune et discrète
influence (hypothèse parfaitement gratuite,
il va sans dire, nous n'avons à cette
date aucun indice qui permette d'avancer le
moindre commencement de preuve sur le sujet
!) ?
Et doit-on imaginer de même que Georges
Limbour ait pu jouer auprès de Dubuffet
le rôle d'un véritable "agent
de liaison" entre celui-ci et le mouvement
surréaliste ? Il appartint en effet
au groupe de 1924 à 192914, date à
laquelle il fut exclu. Dans les années
20, en tout cas, il est permis de le croire.
Par la suite, jusqu'en 1938, en raison des
nombreux voyages intermittents de Georges
Limbour, on imagine que les relations avec
ce dernier se sont peut-être un peu
relâchées. Mais, à partir
du retour définitif de Limbour en France,
les liens redeviendront forts. Limbour en
particulier jouera un rôle important
dans l'évolution de la carrière
artistique de Dubuffet en présentant
ce dernier à Jean Paulhan à
la fin de 1943. Car à dater de ce jour,
les nombreuses relations de cette "éminence
grise" de la NRF accéléreront
la pénétration de l'œuvre
de Dubuffet dans le monde parisien des arts
et lettres de la Libération (même
si dans sa correspondance, Dubuffet accueille
cette reconnaissance avec des plaintes). Limbour
multipliera dans les années d'après-guerre
les articles sur Dubuffet et publiera même
une des toutes premières monographies
sur son ami, Tableau bon levain à vous
de cuire la pâte (1953). C'est aussi
Limbour qui a trouvé les mots de "dilettante
raffiné" pour caractériser
le Dubuffet apprenti-artiste des années
20. On sait à vrai dire peu de choses
sur les années d'apprentissage de Dubuffet15.
On l'imagine hésitant, indécis
quant à la conduite et aux choix à
suivre. Il fréquente les milieux artistiques
de Montparnasse, il connaît André
Masson dont il admire la peinture (les rares
œuvres de Dubuffet de cette époque
gardent la marque de son influence), il fréquente
assidûment l'atelier du 45, rue Blomet,
voisin de celui de Miró, dont il dira
plus tard qu'il appréciait aussi l'œuvre.
Il y croise Artaud, Elie Lascaux (peintre
fort poétique à l'onirisme proche
du meilleur art naïf), Michel Leiris,
avec qui, du reste, il ira, ainsi qu'avec
Roland Tual (qui lui aussi fit partie du surréalisme,
comme Masson, Leiris et Miró), en 1922,
à Saint-Benoît-sur-Loire, voir
Max Jacob, l'ancien ami d'Apollinaire. Cette
fréquentation de Jacob, qui devait
mourir en 1944 au camp de Drancy après
son arrestation par les nazis, elle aussi
a pu laisser des traces sur les orientations
ultérieures de Dubuffet. Dans une lettre
du 25 juin 1944 (Max Jacob était mort
en mars) à Marcel Arland, il écrivit
par exemple : « Notre bon Max disait
avec transport : "l'erreur seule est
féconde" ». Ce qui est à
rapprocher des propos de Chaissac, qui influa
lui aussi énormément sur Dubuffet
: « … j'accentuais à l'occasion
ma maladresse… »16 Prendre le
parti de l'erreur, ce dont se réclamera
à son tour Dubuffet, revient à
dire que l'on prend le parti du lapsus, ou
de l'acte manqué qui, comme on le sait
depuis Freud, qui a si fort influencé
les surréalistes, sont porteurs de
toute la charge des désirs inconscients,
charge que les surréalistes précisément
voulaient libérer. C'est là
encore une preuve du cousinage très
fort de Dubuffet (et de Chaissac) avec le
surréalisme, que cependant ils repoussèrent
tous deux (besoin de se faire une place ?).
Donc, dans ses années d'apprentissage,
Dubuffet est encore loin d'avoir des convictions
bien ancrées par rapport à l'art,
le sien et, simultanément (nous reviendrons
à la signification qu'il faut accorder
à cette simultanéité),
l'art des humbles. Dans un texte de 194517,
Dubuffet confie : « Quand on est trop
jeune, on est tourmenté par mille problèmes,
on s'y empêtre : ce qu'il faut faire,
ce qu'il ne faut pas faire (…) quand
on arrive à quarante ans tout s'arrange,
on commence à voir clair, à
savoir naviguer. En sortant du lycée
j'ai étudié la peinture six
ou sept ans et en même temps bien des
matières : poésie, littérature,
d'avant-garde, d'arrière-garde (…)
enfin vous comprenez bien je cherchais l'Entrée
». Il se dépeint comme indécis,
tourmenté, instable, profondément
insatisfait de ses rapports avec le monde
de l'art. Il a confié à plusieurs
reprises ne pas aimer le surréalisme,
et préférer par exemple le dadaïsme.
Il nous est cependant loisible de ne pas le
suivre complètement dans cette voie.
Des années 20 aux années 40,
il écoute, il absorbe des bribes des
discours avant-gardistes qu'il cueille dans
l'air depuis la périphérie du
monde surréaliste qu'il fréquente.
Chaque rencontre a un impact sur lui. Max
Jacob, par exemple, peu avant leur rencontre,
a publié Cinématoma (1920, Edition
de la Sirène), où il fait des
portraits de personnages-types de la société
de son temps en les faisant parler le plus
possible dans leur langue parlée, «
d'une manière censément spontanée
» (Max Jacob). L'a-t-il lu ? Vers le
milieu des années 30, Dubuffet se tourne
de plus en plus vers le peuple, il fait des
marionnettes, il joue de l'accordéon,
se passionnant pour Emile Vacher, le créateur
du "musette", puis quelques années
après, se passionne pour les graffitis
gravés sur les murs de Paris. Les photos
et les relevés de Brassaï (dont
certains ont paru dans Minotaure n° 3-4
de 1933, le même numéro où
André Breton présentait son
étude sur les dessins médiumniques,
"Le message automatique", et où
Paul Eluard présente une partie de
sa collection de cartes postales comme exemples
d'imagerie populaire moderne) seront suivis
de près par Dubuffet, comme cela a
été souligné18. Brassaï
qui publiera aussi, dans la continuité
d'un Max Jacob, des propos d'hommes de la
rue ("d'hommes du commun", pour
faire référence à un
titre de livre de Dubuffet), comme Histoire
de Marie (1949), texte qui sera repris avec
d'autres dans Paroles en l'air (1977). Il
s'agissait de capter dans la littérature
la vérité des gens de peu, de
cette parole "brute" que l'on avait
peu entendu jusque là dans la littérature.
Le projet de Dubuffet d'écrire le langage
parlé avec une orthographe phonétique
va dans le même sens. Mais Raymond Queneau
sur ce terrain-là l'avait aussi précédé,
comme Dubuffet s'en avisa dans sa correspondance
avec lui après la parution de Bâtons,
chiffres et lettres (1950)19. Ex-jeune esthète
mal à l'aise dans sa classe sociale,
Dubuffet fit le choix du peuple, en construisant
cette philosophie au contact de "maîtres"
variés, et parfois apparemment antagoniques
sur certains plans. Ainsi Fernand Léger
lui-même peut être cité
comme autre influence probable. Racontant
comment il lui arriva de courtiser tendrement
« la gracieuse épouse »
de Fernand Léger (« [ce dernier]
était à cela tout à fait
consentant »), Dubuffet écrit
: « J'avais aussi ma chambre dans leur
maison de Fontenay-aux-Roses peuplée
de tableaux que j'aimais très fort.
Je les aime encore. Le complet contre-pied
que professait Léger aux simagrées
d'esthètes et aux rengorgements académiques
fortifiait mes vues dans ce sens » (rappelons
que l'action se passe en 1923)20. Qui s'avise
aujourd'hui d'apprécier autant Céline
(ce fut le cas de Dubuffet, Céline
étant un autre auteur qui tenta la
transposition dans la littérature du
langage parlé) que Fernand Léger
? On pourrait s'amuser à rapprocher
sur un plan enfantin Léger et Dubuffet
(est-ce la régression du grand âge
?). Celui-ci, à une époque de
consécration dans la dernière
partie de sa vie, aima, dans la foulée
de Chaissac, les "puzzles" (la période
de l'Hourloupe), tandis que celui-là
jouait au "Meccano" (ses ouvriers
sempiternels sur leurs échafaudages
tricolores, en pleine période d'adhésion
au communisme après la Libération,
et lui aussi à la fin de sa vie…).
Raymond Queneau a eu dans les années
30 des préoccupations qui préfigurent
grandement celles de Dubuffet. Il a cherché
à rassembler des "fous littéraires"
(dont les manuscrits avaient été
imprimés et publiés) qu'il définissait
ainsi : « auteur imprimé dont
les élucubrations (je n'emploie pas
ce mot péjorativement) s'éloignent
de toutes celles professées par la
société dans laquelle il vit
(…), [et] ne se rattachent pas à
des doctrines antérieures et de plus
n'ont eu aucun écho. Bref, un "fou
littéraire" n'a ni maîtres,
ni disciples »21. Cette définition
préfigure de beaucoup celle que met
au point Dubuffet au sujet de ces créateurs
bruts en 1948 : « ouvrages artistiques
(…) ne devant rien (ou le moins possible)
à l'imitation des œuvres d'art
qu'on peut voir dans les musées, salons
et galeries, mais qui au contraire font appel
au fond humain originel et à l'invention
la plus spontanée et personnelle ;
des productions dont l'auteur a tout tiré
(…) de son propre fond »22. Ce
que Dubuffet envisage dans les arts plastiques,
Queneau l'a donc envisagé quinze ans
auparavant dans la littérature. Chez
les deux hommes, il y a quête identique
d'un continent de créateurs géniaux
et méconnus. Il faut reconnaître
ici que Raymond Queneau, qui a avoué
sa déception devant le peu de découvertes
brillantes faites au cours de ses recherches23,
avait peut-être commis une erreur en
allant chercher du côté de la
littérature. Dubuffet a découvert
le continent en question dans l'art avec évidence
(si nous discutons les prétentions
de sa notion d'art brut, nous admirons ses
collections qui sont à nos yeux son
principal titre de gloire). Du reste, lorsque
Dubuffet et Thévoz mirent l'accent
sur les "écrits bruts", aucune
découverte majeure ne parut se révéler,
même si on peut aisément se convaincre
que l'écrit et l'image sont intimement
mêlés dans les œuvres de
l'art brut, avec des trouvailles qui paraissent
attendre d'être développées
par des esprits plus inspirés (venus
du monde de la culture… ? Mais j'entends
d'ici les partisans de l'art brut protester…
!).
Il existe une lettre de Dubuffet à
Raymond Queneau, datée du 21 mai 1945,
qu'un catalogue de libraire spécialisé
dans les lettres et manuscrits autographes
a révélée en partie24,
et qui confirme que Dubuffet connaissait les
travaux de Queneau dès avant son voyage
en Suisse de juillet 45. Dubuffet lui écrit
tout d'abord : « Anatole Jakovsky et
moi-même entreprenons une enquête
sur les peintures et divers travaux d'art
faits par les fous ». Dubuffet poursuit
en évoquant son projet d'éditer
des monographies par fascicules (ce projet
exista en effet avec Gallimard, mais échoua
finalement), le premier devant être
« sur ce sculpteur fou que connaît
Paul Eluard, et qui fait des oiseaux-oiseleurs.
Eluard a lui-même trois statues de lui
et nous a autorisés à les faire
photographier ». Dubuffet demande ensuite
la permission à Queneau de faire photographier
une autre statue de ce sculpteur (qui n'est
autre qu'Auguste Forestier) que possède
également Queneau. Il écrit
aussi : « D'autre part votre aide nous
sera très précieuse si vous
possédez quelque indication sur le
sujet qui nous intéresse. On me dit
que vous avez vous-même autrefois fait
des recherches sur les écrits et le
langage des fous. Il est donc probable que
vous avez eu affaire subsidiairement à
des dessins aussi, ou bien à des médecins
ou collectionneurs qui en possèdent.
Tous renseignements que vous voudriez bien
nous fournir nous seraient très précieux
». Le "On" de "On me
dit" a de bonnes chances de désigner
Georges Limbour, qui connaissait bien Queneau.
D'autre part, cette lettre relativise la prééminence
donnée par Lucienne Peiry à
la Suisse pour le départ des recherches
d'art brut… Et puis, elle porte l'attention
sur les relations de Dubuffet avec Paul Eluard,
qu'il avait rencontré au printemps
1944. Ce dernier, à l'époque,
n'était plus surréaliste (il
est du reste remarquable que Dubuffet a eu
jusqu'en 1948, date à laquelle il rencontre
André Breton, des relations avec des
surréalistes, soit quand ils ne l'étaient
pas encore, soit quand ils ne l'étaient
plus). Eluard avait adhéré pour
la seconde fois au parti communiste. Mais
il gardait les goûts qu'il avait manifestés
auparavant du temps qu'il appartenait officiellement
au mouvement surréaliste. Il ne faut
pas oublier qu'Eluard avait écrit avec
André Breton L'Immaculée Conception
en 1930, où, dans une de ses parties,
"Les Possessions", les deux poètes
s'étaient livrés à cinq
essais de simulation de maladies mentales.
Marguerite Bonnet, la rigoureuse exégète
d'André Breton, présente ainsi
l'ouvrage dans la notice qu'elle lui a consacrée
dans l'édition des Œuvres Complètes
d'André Breton : « En 1930, la
folie avait déjà fait son apparition
dans les œuvres surréalistes avec
Nadja et "Le Cinquantenaire de l'hystérie".
L'introduction aux "Possessions"
revient sur cette valeur créatrice
de la maladie mentale, allant jusqu'à
proposer, non sans humour, les essais de simulation
comme voies de rechange pour la poésie,
inaugurant des genres littéraires neufs
et paradoxaux »25. Eluard et Breton
ont tous les deux accordé une énorme
importance à la poésie naïve
et populaire, qu'elle s'exprime littérairement,
picturalement (des œuvres du Douanier
Rousseau avaient été envisagées
pour illustrer Les Champs Magnétiques,
en 1919), ou architecturalement (Breton a
évoqué à plusieurs reprises
le facteur Cheval et ce, dès 1932,
peut-être alerté sur ce monument
par Jacques-Bernard Brunius qui avait écrit
à son sujet dans un numéro de
la revue Variétés, cette même
revue qui à la même date - 1929
- édita aussi un numéro hors-série
entièrement consacré au surréalisme
où figuraient deux photographies du
Palais Idéal)26. Une histoire de toutes
les occurrences où les routes du surréalisme
et des arts populaires se sont croisées
ferait un bien beau livre… bien étoffé.
Une attitude "anti-culturelle" (il
s'agit cependant là d'une opposition
à la culture académique et savante
davantage qu'une opposition à tout
l'art culturel), une attitude "anti-culturelle"
est souvent à l'œuvre chez Breton
(l'attitude anti-esthétique de Dubuffet
a des chances d'y avoir trouvé son
inspiration). Par exemple dans Autodidactes
dits "naïfs"27, lorsque Breton
met en relief une « vision primitive
» chez ces autodidactes en l'opposant
« aux moyens artistiques qui s'enseignent
et dont la codification tend à restaurer
une perfection toute formelle sur les ruines
de l'inspiration ». A cela s'ajoute
que l'on pourrait même voir chez Breton,
ou Artaud, une préfiguration de l'attitude
anti-psychiatrique lorsqu'on lit Nadja ou
"La lettre aux médecins-chefs
des asiles de fous". Mais chez Breton,
à la différence d'Artaud, il
n'est pour autant pas question d'étendre
le délire à la vie courante,
mais bien plutôt d'en tirer partie à
la faveur d'un « long et raisonné
dérèglement des sens »
pour paraphraser Rimbaud dont Breton se prévalait.
Chez Breton, comme nous l'avons déjà
signalé (voir note 12), il n'y a pas
là de contradiction insoluble. Ancien
interne en psychiatrie, ayant failli abandonner
la poésie pour la psychiatrie en 1916,
date à laquelle il écoutait
avec passion les délires de persécution
des malades revenus du front, y cherchant
une réponse métaphysique, une
solution à sa vie, Breton savait très
bien quels risques couraient les surréalistes
à chevaucher le délire. Artaud
se chargea de le démontrer à
tous en passant dix années dans les
asiles. Dubuffet fut certes conséquent,
dans sa visée anti-psychiatrique sans
nuances, en allant visiter Artaud en 1945
à l'asile de Rodez où le soignait
le Dr Ferdière, psychiatre, ajoutons-le
en passant, ami des surréalistes (c'est
Desnos et Eluard qui l'avaient alerté
qu'Artaud croupissait en zone occupée
dans un asile - Ville-Evrard - où il
s'acheminait vers la mort par inanition).
Artaud exerça une influence théorique
décisive sur les notions anti-culturelles
de Dubuffet, lui aussi. Ce dernier n'a pas
caché l'admiration qu'il avait ressentie
à lire Le théâtre et son
double. Le discours d'Artaud, qui date des
années 30, est très proche de
celui que tiendra Dubuffet après-guerre.
Qu'il suffise de relire ces lignes de la préface
d'Artaud, "Le théâtre et
la culture" : « Jamais, quand c'est
la vie elle-même qui s'en va, on n'a
autant parlé de civilisation et de
culture. Et il y a un étrange parallélisme
entre cet effondrement généralisé
de la vie qui est à la base de la démoralisation
actuelle et le souci d'une culture qui n'a
jamais coïncidé avec la vie, et
qui est faite pour régenter la vie.
« Avant d'en revenir à la culture,
je considère que le monde a faim, et
qu'il ne se soucie pas de la culture ; et
que c'est artificiellement que l'on veut ramener
vers la culture des pensées qui ne
sont tournées que vers la faim.
« Le plus urgent ne me paraît
pas tant de défendre une culture dont
l'existence n'a jamais sauvé un homme
du souci de mieux vivre et d'avoir faim, que
d'extraire de ce que l'on appelle la culture,
des idées dont la force vivante est
identique à celle de la faim ».
Cependant, Dubuffet reconnaîtra très
vite, après qu'il eut fréquenté
plus longtemps Artaud, après sa libération,
que ce dernier avait payé assez cher
la recherche des « idées dont
la force vivante est identique à celle
de la faim »28. Mais la conscience des
ravages causés par cette démence
ne l'entraînera pas vers une position
nuancée envers la production artistique
des grands créateurs psychotiques qu'il
collectionnera. Au contraire, cela le conduira
à ce qui peut ressembler à distance
à une certaine idolâtrisation,
une sacralisation de l'art des fous (qui a
conduit par la suite nombre de suiveurs de
Dubuffet à s'extasier sur tant d'œuvres
quelconques pourvu qu'elles soient en provenance
de milieux psychiatriques).
Breton poursuivait d'autres ambitions, bien
plus vastes que celle de Dubuffet qui en dépit
de ses déclarations anti-esthétiques
n'aboutit finalement qu'à créer
un musée de plus (nous n'avons en revanche
pas encore eu de musée du surréalisme,
malgré les efforts de ceux qui régulièrement
se présentent comme des "amis"
d'André Breton - voir la récente
vente de l'atelier d'André Breton par
exemple). Voici ce que Breton écrivit
d'Artaud29 : « La maladie d'Antonin
Artaud ne fut pas de celles qui entraînent,
au sens psychiatrique, un déficit intellectuel.
C'est une erreur trop répandue de croire
qu'en pareil cas l'idéation est foncièrement
compromise et que tous les territoires qui
dépendent d'elle sont touchés.
Rien n'est si simple ». Un peu plus
haut, il avait précisé : «
… la poésie, à partir
d'un certain niveau, se moque absolument de
la santé mentale du poète. Son
plus haut privilège est d'étendre
son empire bien au-delà des bornes
fixées par la raison humaine (…)
Depuis Rimbaud et Lautréamont nous
savons que les chants les plus beaux sont
souvent aussi les plus hagards ». Le
souci de Breton fut aussi de rendre accessible
à tout un chacun cette poésie
aux si dangereux parages (différence
capitale avec Dubuffet, Breton connaissait
les dangers afférents au délire,
les risques d'aliénation. Cela l'empêchait
de faire l'éloge inconditionnel de
l'art produit en asile). Il poursuivit de
ses assiduités cette poésie
sauvage sa vie durant, sous les différents
masques dont elle se pare. Et il est infiniment
regrettable que Dubuffet et Breton n'aient
pu s'entendre30. On se prend à rêver
de ce qui aurait été possible
si quelqu'un d'autre que Dubuffet, moins égocentrique
mais aussi systématique et obsessionnel
que lui, s'était allié à
Breton pour assembler une autre collection
d'art brut.
Les œuvres collectionnées sous
l'étiquette d'art brut ont acquis droit
de cité depuis bien longtemps, mais
il n'est pas sûr que ce soit parce qu'elles
manifesteraient, plus que les œuvres
consacrées de l'art moderne par exemple,
un rapport plus intense, plus intime à
la source vitale de l'être (la source
"brute" …). Certes, elles
sont issues de créateurs placés
dans la nécessité irrépressible
de s'exprimer, tout en étant obligés
de mettre au point leurs moyens d'expression,
puisqu'ils sont ignorants des techniques éprouvées
de l'art (leur éloignement des écoles
d'art, et de l'histoire de l'art également,
les oblige à défricher de nouveaux
moyens). Cela ne veut pas dire pour autant
que ces femmes et ces hommes de peu ne participent
d'aucune culture. D'extraction populaire pour
leur grande majorité, ils conservent
au fond d'eux même des traces, des bribes
des différentes cultures populaires,
qu'elles soient rustiques (si l'on pense au
pâtre Wölfli) ou urbaines (un David
Braillon, créateur naïf ou brut
contemporain, s'inspire visiblement de documentations
ferroviaires ou des magasins de trains miniaturisés).
Cultures populaires en ruine (si l'on songe
à la civilisation rurale d'autrefois)
ou se maintenant vaille que vaille à
travers la culture de masse (le folklore des
faits-divers ou des rumeurs, par exemple).
Dubuffet préféra biffer d'un
trait de plume ces faits. Il rêvait
- en 1945, dans les ruines d'un monde qui
découvrait les horreurs des camps de
concentration et l'abîme du cœur
humain - d'un art vierge. Un art de créateurs
indépendants qui lui serviraient d'exemples
pour sa propre création. Car, malgré
Georges Limbour, qui l'a suggéré
ici ou là dans ses écrits consacrés
à son ami de jeunesse31, on n'a pas
assez remarqué à quel point
la conquête de son expression personnelle
va chez Jean Dubuffet avec sa révélation
des créateurs qu'il appelle "bruts".
Les deux démarches sont parfaitement
simultanées. Paradoxalement, l'art
de Dubuffet qui se construit dans l'indépendance
la plus extrême ne peut prendre son
essor qu'en dépendant d'autres indépendants,
ou rêvés tels tout au moins.
Ce rêve de pureté, typique des
périodes d'après-guerre sans
doute, était à l'œuvre
déjà chez Queneau, on l'a vu.
Il se vit également chez les auteurs
de L'Anthologie de la Poésie Naturelle,
Alain Gheerbrant et Camille Bryen, qui rassemblèrent
en 1949 des textes de fous littéraires,
des poèmes rustiques insolites (Chaissac),
des contes africains, des comptines enfantines,
du langage parlé populaire, une invention
excentrique, des photos de formes dues au
hasard (Brassaï, toujours lui…),
etc. Les auteurs ne faisaient alors qu'emboîter
le pas au recueil qu'avait composé
Paul Eluard en 1942, Poésie intentionnelle
et poésie involontaire32 (soit deux
ans avant que Dubuffet ne le rencontre et
ne découvre grâce à lui
les sculptures d'Auguste Forestier - ce qui
fait de ce dernier un des tout premiers créateurs
recherchés par Dubuffet pour sa collection33).
Cette anthologie mettait sur un pied d'égalité
(à la différence du projet de
l'art brut), et sans commentaires, des exemples
de "poésie intentionnelle",
à savoir des poèmes de Lautréamont,
Jarry, Charles Cros, etc., avec ce qu'Eluard
appelait (de façon bien venue) "la
poésie involontaire" des légendes
orales, des comptines, des chansons populaires,
des textes de fous littéraires, des
récits de faits-divers, des images
extraites de dictionnaires d'argot ou de botanique,
etc. Eluard exprimait ainsi dans la préface
du livre ses intentions : « Inutiles,
fous, maudits ceux qui décèlent,
reproduisent, interprêtent l'humble
voix qui se plaint et qui chante dans la foule
sans savoir qu'elle est sublime. Hélas
non, la poésie personnelle n'a pas
encore fait son temps. Mais, au moins, nous
avons bien compris que rien n'a pu rompre
le mince fil de la poésie impersonnelle.
(…) Le poète, à l'affût
des obscures nouvelles du monde, nous rendra
les délices du langage le plus pur,
celui de l'homme de la rue et du sage, de
la femme, de l'enfant et du fou ».
Cette mise en parallèle de la poésie
intentionnelle et de la poésie involontaire
est au cœur de la démarche surréaliste.
Elle a hélas été oubliée
avec l'éclatement du mouvement surréaliste
(les groupes actuels se revendiquant du surréalisme
sont encore loin de pouvoir prétendre
renouer avec elle). Les deux phénomènes
des situationnistes et de l'art brut, deux
utopies issues toutes deux du surréalisme,
par la séparation concrète qu'ils
représentent, ont contribué
à la pérennisation de cet oubli.
Pensant à cela, surgit à l'esprit
la vision d'un bel arbre dont le tronc s'est
fendu en deux et ne s'élève
plus vers « les nuages… les merveilleux
nuages… » de Baudelaire.
Dubuffet, durant ses vingt années d'apprentissage,
se renseigna, hésita, fit l'éponge
dans ses lectures et ses rencontres liées
aux avant-gardes (dont le surréalisme
baigne les arrière-plans). Il prétendit
s'y être senti mal à l'aise,
pas à sa place. Nous pensons qu'il
nous trompe. Il attendit la guerre, l'exil
des surréalistes à l'étranger,
pour récupérer leur héritage
en le dégradant dans la théorie
de l'art brut, le plus pur parce que hors-culture,
et en prônant simultanément une
anti-esthétique dans son œuvre
personnelle, cautionnée par l'exemple
de l'art brut dont il avait inventé
la notion dans ce but.
Bruno Montpied, mai 2003
1. Lucienne Peiry, L'art brut, Flammarion,
Paris, 1997. Depuis, Lucienne Peiry est devenue
la conservatrice de la Collection de l'Art
Brut à Lausanne, en remplacement de
Michel Thévoz. Ce dernier a écrit
la préface du livre. L'ouvrage représente
en quelque sorte l'histoire orthodoxe de l'art
brut.
2. Le livre de Hans Prinzhorn est paru en
1922 ; la confidence de Dubuffet que nous
évoquons ici est tirée de l'interview
de Jean Dubuffet que réalisa John Mac
Gregor le 21 août 1976 et qu'il a intitulée
Art brut chez Jean Dubuffet, in Prospectus
et tous écrits suivants, tome IV, de
Jean Dubuffet, Gallimard, Paris, 1995. Il
est à noter que Dubuffet ne donne pas
la date exacte à laquelle il a découvert
le livre de Hans Prinzhorn, il précise
seulement que c'était "lorsqu'il
était jeune". Le travail de François
Gagnon, "Coupures de presse", in
Les Cahiers de l'Herne n°22, 1973, signale
que Peter Selz, dans The work of Jean Dubuffet,
texte paru à New-York en 1962, avait
déjà noté cette lecture,
semble-t-il aux alentours de 1922, après
la parution du livre. C'est à notre
connaissance le témoignage le plus
ancien concernant cette éventuelle
prise de contact de Dubuffet avec Prinzhorn.
Il faudrait pouvoir disposer de sources plus
anciennes pour en être plus assurés.
Dubuffet, dans l'interview de Mac Gregor,
précise : « Les images du livre
de Prinzhorn m'avaient frappé très
fortement quand j'étais jeune. Elles
me montraient la voie et exerçaient
une influence libératrice. Je réalisais
que tout était possible, permis. Des
millions de possibilités d'expression
existaient en dehors des avenues de la culture
admises ». Enfin il convient de signaler
qu'Anne Hiddleston date de 1924 la lecture
de Prinzhorn dans la chronologie biographique
qui a paru dans le catalogue de l'exposition
"Dubuffet" tenue pour le centenaire
de la naissance de l'artiste au Centre Georges
Pompidou en 2001. Elle ne donne pas sa référence
exacte.
3. Cf. le dépliant de l'exposition
Alexandre Lobanov, dessins coloriés,
tenue à la Maison des Sciences de l'Homme
et de la Société du 20 février
au 6 mars 2002 à Poitiers (merci à
Mme Dominique de Miscault de nous l'avoir
transmis). Karpov publia en 1926 L'art des
malades mentaux et son influence sur le développement
de la science, de l'art et de la technique.
4. Jean Vinchon, L'art et la folie, Stock,
Paris, 1924.
5. Lettre à René Auberjonois
du 28 août 1945, dans Prospectus et
tous écrits suivants, tome II, p.240,
Gallimard, Paris, 1967. Cette lettre a été
écrite après le premier voyage
de Dubuffet en Suisse avec Paulhan. Auberjonois
l'avait secondé dans ses recherches.
Dans l'interview de Mac Gregor, à la
question de ce dernier : « Avez-vous
inventé le terme ? » Dubuffet
répond : « Je l'ai inventé
pendant le voyage de 1945, ou très
peu de temps après. J'avais besoin
d'un titre pour la publication que j'envisageais
d'écrire » (p.46 de Prospectus…,
tome IV, op. cit.). De son côté,
Jean Paulhan, dans le livre qu'il a tiré
de leur voyage commun, Guide d'un petit voyage
en Suisse, Gallimard, Paris, 1947 (renouvelé
en 1974), écrit à propos de
Dubuffet : « Il est poursuivi de l'idée
d'un art immédiat et sans exercice
- un art brut, dit-il, dont il pense trouver
le rudiment chez les fous et les prisonniers
».
6. Comme l'a signalé Jean-Louis Lanoux
dans son texte Suisse ou France paru dans
ABCD une collection d'art brut, Actes Sud/ABCD,
Arles, 2000, p.357. Il y fait par ailleurs
écho à la première recherche
que nous avons publiée sur la question
de l'origine de l'art brut : Bruno Montpied,
"Quelques notes sur les origines de l'art
brut", in SURR… n°3, Paris,
été 1999.
7. Barbara Safárová et Terezie
Zemánková, Remarques sur l'art
brut en République Tchèque,
in Martine Lusardy, Alena Nádvorníková,
L'art brut tchèque, catalogue d'exposition
de la Halle Saint-Pierre, Paris, 2002-2003.
8. Colin Rhodes, Outsider Art-Spontaneous
Alternatives, Thames and Hudson Ltd, Londres,
2000. Traduction française : L'art
outsider, art brut et création hors-normes
au XXe siècle, Thames and Hudson SARL,
Paris, 2001.
9. Jean Dubuffet, Prospectus… tome IV,
op. cit., p.46. A signaler que ce texte a
été publié en anglais
et qu'il n'en existe toujours pas, à
l'heure où nous écrivons ces
lignes, de traduction française. Les
passages que nous citons ont été
traduits par nos soins.
10. Hans Prinzhorn, Expressions de la folie,
Gallimard, Paris, 1984. Traduction et édition
établies par Marielène Weber.
A noter qu'un résumé du livre,
A propos de l'art des aliénés,
parut dans la revue belge Variétés
en 1929 (selon Marielène Weber), cette
même revue qui, la même année,
édita un numéro entier consacré
au surréalisme. Le texte est édité
à la suite de l'édition française
du livre de Prinzhorn (p.373).
11. Entretien avec Michel Thévoz, propos
recueillis par Roland Jaccard, "Derrière
les murs de l'asile", Le Monde du vendredi
25 janvier 1985, p.15.
12. Michel Thévoz a écrit, par
exemple, dans L'art du ruisseau (texte qui
a d'abord été édité
dans le catalogue de l'exposition Regards
sur Minotaure, la revue à tête
de bête, Musée d'art et d'histoire,
Genève, 1987, puis, remanié,
dans Michel Thévoz, Art Brut, psychose
et médiumnité, La Différence,
Paris, 1990), après avoir comparé
Breton avec les colonisateurs (ce qui est
tout de même un comble pour celui qui
n'eut de cesse sa vie durant de s'élever
contre le colonialisme, que l'on se réfère
par exemple au tract des surréalistes
Ne visitez pas l'exposition coloniale de 1931)
: « … l'on serait tenté
de dire, en reprenant une formule de Degas,
que [Breton] fusille les spirites, mais qu'il
leur fait les poches ». Dans cet article,
Thévoz souligne une contradiction qui
effectivement est au cœur du surréalisme
(c'est peut-être ce qui lui assure son
charme), à savoir qu'après avoir
défini le surréalisme comme
un « automatisme psychique pur »
cherchant à exprimer « le fonctionnement
réel de la pensée » (cf.
le premier Manifeste du surréalisme
daté de 1924), André Breton,
par la suite, n'a cessé, et les autres
surréalistes avec lui, de mêler
l'esprit critique à la pratique de
l'automatisme. Curieusement, c'est Thévoz
lui-même qui dans ce même article
signale par exemple l'activité paranoïaque-critique
de Salvador Dali mêlant soumission de
l'esprit à l'automatisme et activité
critique, ce qui aux yeux de Thévoz
n'apparaît pas comme une activité
dialectique mais comme une contradiction insoluble,
une sorte de double bind, dont il se sert
pour étayer sa démonstration
des limites du surréalisme. Il nous
semble que Michel Thévoz, acharné
à défendre la pensée
et les choix de Jean Dubuffet, se trompe ici.
13. Sur cette utopie, voir Bruno Montpied,
"Outsider Art, the Situationist Utopia
: a Parallel", in n°1-2 (vol. XXXIX)
de The Southern Quarterly, The University
of Southern Mississippi, Hattiesburg, USA,
automne-hiver 2000-2001. La version originale
de cet article, rédigé en français,
est inédite.
14. Cf. Le Dictionnaire général
du surréalisme et de ses environs,
sous la direction d'Adam Biro et de René
Passeron, Presses Universitaires de France,
Paris-Fribourg, 1982.
15. On se réfère généralement
à Biographie au pas de course, texte
rédigé par Dubuffet l'année
de sa mort (il en existe une version plus
ancienne des années 70 cependant) et
paru dans Prospectus…, tome IV, op.
cit. ; cette autobiographie nous apparaît
malgré son ton détaché
et objectif comme une inévitable reconstitution
a posteriori de sa vie, relatant des événements
placés dans des perspectives qui contribuent
à valider le mythe que Dubuffet souhaite
construire autour de sa démarche. Il
faudrait pouvoir la confronter à d'autres
témoignages extérieurs. Hélas,
ils manquent par trop. La correspondance publiée
dans les Prospectus et tous écrits
suivants est on le sait très incomplète.
16. Propos rapporté par Gilles Ehrmann
dans Les inspirés et leurs demeures,
préface d'André Breton (Belvédère),
Editions du Temps, Paris, 1962.
17. Jean Dubuffet, Plus modeste in Prospectus…,
tome I, Gallimard, Paris, 1967, p.90.
18. Voir notamment l'excellent article de
J-L. Lanoux, Graffiti in ABCD, une collection
d'Art Brut, op. cit., p.321-322 ; et B. Montpied,
"Un musée des graffiti dans l'Oise",
in Artension n°8, mars 1989, p.48 ; ainsi
que B. Montpied, "Visitez le musée
des graffiti", in Raw news, dans le supplément
français de Raw Vision n°4, printemps
1991.
19. Jean Dubuffet, Prospectus…, tome
I, op. cit., p.481-483.
20. Jean Dubuffet, Biographie au pas de course,
op. cit.
21. Cette définition provient du roman
de Queneau intitulé Les enfants du
limon, publié chez Gallimard en 1938.
Ce roman était à l'époque
la seule solution trouvée par Queneau
pour donner une certaine publicité
à la recherche qu'il avait faite dès
le début des années 30 à
la Bibliothèque Nationale sur les fous
littéraires. Une des versions de son
projet originel, Aux confins des ténèbres,
les fous littéraires, qui avait été
refusée par Gallimard et Denoël
en 1934 vient seulement d'être éditée
chez Gallimard (collection "Les cahiers
de la NRF.") en 2002.
22. Jean Dubuffet, Notice sur la Compagnie
de l'art brut (septembre 1948), in Prospectus…,
tome I, op. cit., p.489.
23. Cf. la notice de Raymond Queneau consacrée
à Defontenay dans Bâtons, chiffres
et lettres, Gallimard, Paris, 1965, où
il écrit : « Le résultat
n'était pas fameux. N'étaient
guère exhumés que des paranoïaques
réactionnaires et des bavards gâteux.
Le délire "intéressant"
était rare… » En fait,
les écrits des fous littéraires
ne sont souvent intéressants que dans
le contexte des commentaires qui les englobent.
Queneau, peut-être victime de sa situation
de pionnier en la matière, paraît
avoir hésité à ce sujet.
André Blavier, son continuateur après-guerre,
n'hésita pas. C'est l'étalage
de son érudition loufoque qui fait
tout le sel de sa propre anthologie, Les fous
littéraires (Henry Veyrier, Paris,
1982 ; édition revue et "considérablement
augmentée" aux Editions des Cendres
en 2001).
24. J.-F. Fourcade, "Livres anciens et
modernes, Autographes, lettres et manuscrits,
provenance pour beaucoup d'entre eux : Raymond
Queneau…", Paris, avril 1998.
25. André Breton, Œuvres complètes,
tome I, Gallimard, Paris, 1988, p.1638.
26. Variétés, le surréalisme
en 1929, réédition en fac-similé
par Didier Devillez éditeur, Bruxelles,
1994.
27. André Breton, Le surréalisme
et la peinture, Gallimard, Paris, 1965. Le
texte Autodidactes dits "naïfs"
date de 1942.
28. Cf. cet extrait d'une lettre à
Jacques Berne citée dans la chronologie
biographique d'Anna Hiddleston du catalogue
de l'exposition "Dubuffet" (op.
cit.) : « Antonin Artaud est sale et
décharné, il a un visage mauvais
de derviche à faire peur et il n'aime
que faire le fou encore plus et faire encore
plus peur et horreur (…) Quand il est
dans ses bons moments il a pourtant tel quel
et dans ses misérables vêtements
maculés l'élégance imposante
d'un grand prince - affreusement dément
» (1947).
29. "André Breton parle d'Artaud
pour La Tour de Feu" in La Tour de Feu,
"Antonin Artaud ou la santé des
poètes", n°63-64, Jarnac,
décembre 1959.
30. Nous ne le rappelons pas dans cet article,
supposant l'histoire connue, Dubuffet et Breton
collaborèrent ensemble quelques mois
dans la première Compagnie de l'art
brut (1948) avant de s'éloigner l'un
de l'autre et de devenir intellectuellement
adversaires.
31. Cf. par exemple "Les Dossiers du
Collège de Pataphysique" n°10-11,
le texte de Georges Limbour, "Aperçus
sur la vie d'un satrape et sur divers modes
de gouvernement du réel", 1960,
p.18-19-20, ou encore Georges Limbour "Jean
Dubuffet" dans L'Œil n°25, janvier
1957, p.40 : « Dans un style violent,
méprisant, mais plein de saillies et
drôleries (…), l'auteur rejette
l'art "traditionnel" et la culture
en général. (…) Ce pamphlet
parut à certains d'une intolérance
et d'une étroitesse de vue désagréables.
Cependant cette attitude est parfaitement
logique ; Dubuffet parle en créateur…
» ; à signaler l'opinion du Dr
Ferdière dans l'interview que nous
fîmes de lui le 25-02-1990 (diffusée
la même année sur Radio-Libertaire),
quelques mois avant son décés,
qui jugeait Dubuffet comme un « égocentrique,
qui étudiait l'art brut pour alimenter
sa propre création… »
32. Paul Eluard, Poésie intentionnelle
et poésie involontaire, in Poésie
42, Villeneuve-lès-Avignon, Seghers,
1942.
33. Paul Eluard, en compagnie de sa femme
Nusch, s'était réfugié
dans l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole
en Lozère durant l'hiver 1943-1944.
C'est alors qu'il acquit des sculptures de
Forestier, qu'il dut montrer, donc, à
Dubuffet après leur rencontre du printemps
44. Les sculptures étaient visibles
dans l'appartement d'Eluard dans le quartier
de la Chapelle à Paris (Brassaï
dans ses Conversations avec Picasso, Gallimard,
Paris, 1964, p.189, évoque une de ces
sculptures, Le roi fou…). Sur les trois
sculptures, il semble que deux furent après
la mort d'Eluard transmises au Dr Ferdière,
le roi fou (comme il nous l'a précisé
dans l'interview que nous fîmes de lui
le 25 février 1990), ainsi qu'une "bête"
au museau terriblement denté. Le catalogue
de l'exposition Paul Eluard et ses amis peintres,
tenue au Centre Georges Pompidou du 4 novembre
1982 au 17 janvier 1983, dont nous avons tiré
de précieuses informations à
la rubrique consacrée à Dubuffet,
reproduit une sculpture de Forestier, un Homme-coq,
daté de 1943 et signalé comme
appartenant à la collection de la fille
de Paul Eluard, Cécile Eluard. C'est
sans doute cette statuette qu'évoque
Dubuffet dans la lettre à Queneau,
que nous avons citée plus haut, lorsqu'il
parle d'« oiseaux-oiseleurs »…
Le Dr Ferdière possédait aussi
d'autres pièces de Forestier, dont
un bateau, (voir la photo, prise par nous
dans le jardin de la maison du Dr Ferdière,
et publiée dans le n°3 de la revue
SURR…, op. cit., p.69).
Notice bio-bibliographique
BRUNO MONTPIED
Peintre s'inscrivant dans la mouvance de "l'art
singulier" et chercheur indépendant.
Passionné par l'art populaire, l'art
naïf, l'art brut, les environnements
architecturaux d'autodidactes populaires,
il publie depuis le début des années
80 le résultat de ses découvertes
dans diverses publications. Voici quelques
titres de ses contributions :
- "Histoire de Döderhultarn",
in Plein Chant n°36, été
1987.
- "Actualité de l'Art Brut",
in Artension n°1, déc. 1987/jan.
1988.
- "Le ciment des rêves. Une promenade
chez quatre créateurs de sites naïfs
ou bruts du Sud-Ouest" (Gilis, Guitet,
Gabriel, Michaud), in Plein Chant n°44,
printemps 1989.
- "Un poids sans fond à soulever",
in Art et Thérapie n°30-31 (numéro
spécial "L'Art Fou"), août
1989.
- "Charles Billy et le jardin des pierres
d'or", in Raw Vision n°3, été
1990.
- "La poésie oubliée des
peintres naïfs", in Création
Franche n°3, mai 1991.
- "La griffe de Maugri", in Création
Franche n°6, août 1992.
- "Hôtel Angoisse et Jardin Bachique,
révélation de Marcello Cammi",
in Raw Vision n°6, été 1992.
- "Formes pures de l'émerveillement",
dans l'ouvrage collectif Masgot. L'œuvre
énigmatique de François Michaud,
éd.Lucien Souny, Limoges, 1993.
- L'Art Immédiat n°1 et n°2,
1994 et 1995 (revue en auto-édition
sur les arts spontanés).
- "Petite promenade dans l'art populaire
du Rouergue", in Gazogène n°14-15,
1996.
- "Mouly le magnifique" (témoignage
paru sans son titre dans Le cas Mouly de Gérard
Sendrey, Site de la Création franche,
1998.
- "Le bâtisseur de mirages"
(sur Emile Ratier), in Plein Chant n°68,
été 1999 (la date de rédaction
de ce texte est de 1994 et non pas de 1999,
comme il est spécifié dans cette
publication…).
- "Quelques notes sur les origines de
l'art brut", in SURR… n°3,
été 1999.
- "Outsider Art, the Situationist Utopia
: A Parallel", in The Southern Quarterly,
Vol. XXXIX, nos1-2, USA, automne-hiver 2000/2001.
- Quatre contributions (sur Hérold
Jeune, le carnaval de Belleville, les pipes
des condamnés à mort, Liabeuf)
dans l'ouvrage collectif animé par
Claire Auzias Un Paris révolutionnaire
(émeutes, subversions, colères),
éd. Dagorno-L'Esprit Frappeur, 2001.
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